André Kaminker : une courte biographie

Fondateur et premier président de l’AIIC : 1953-1955. Saint-Gratien, 18 juillet 1888 – Neuilly, 12 février 1961.

Andre Kaminker interpreting at the San Francisco Conference, 25 April-26 June 1945.
Photo credits: UN Photo/Mili/Photo # 157976

Né en France d’une mère autrichienne et d’un père d’origine polonaise, André Kaminker grandit à Anvers, en Belgique, où son père, expert en taille de diamants, s’installe à la fin du XIXe siècle. La petite enfance d’André et de Georges, son frère cadet qui deviendra lui aussi interprète, est marquée tour à tour par l’opulence matérielle et par le dénuement après la faillite de leur père.

La mère d’André Kaminker, germanophone, lui transmet l’allemand, et, grandissant à Anvers, il acquiert le néerlandais, tandis qu’il est scolarisé en français à l’athénée de la ville. C’est aussi pendant ses études secondaires qu’il apprend l’anglais grâce à quelques séjours en Grande-Bretagne.

André Kaminker fait des études de droit et de philosophie à l’Université libre de Bruxelles, avant son service militaire de 1909 à 1911 dans une compagnie d’aérostiers.

Toute sa vie très patriote, étant né en France de parents étrangers, à sa majorité André Kaminker opte pour la nationalité française. En 1914, il est mobilisé, d’abord comme aérostier, puis il est versé dans l’infanterie, toujours homme de troupe.

Après la guerre, André Kaminker reste dans l’armée française en tant que fonctionnaire civil, stationné pendant trois ans avec les troupes d’occupation de la Rhénanie. Il est affecté au Service de la restitution, chargé de gérer la restitution à la République française des biens saisis en Alsace-Lorraine par les Allemands.

Entre-temps, André Kaminker s’est marié. De son union avec Georgette Signoret naissent trois enfants, d’abord une fille, - la future actrice Simone Signoret, à Wiesbaden en 1921, puis deux fils, Alain et Jean-Pierre.

De retour en France en 1921, André Kaminker s’installe à Paris avec sa famille. Il travaille d’abord pour une agence de publicité, l’agence Damour, puis devient journaliste au Petit Parisien. Il finit par y occuper un poste de directeur, chargé de la publicité. Grâce à ses connaissances linguistiques, il commence à la même époque une carrière d’interprète de conférence, à la Société des Nations, et aussi pour la Chambre de commerce internationale et à la radio, au Poste parisien. C’est ainsi qu’il est appelé à interpréter en direct et en simultanée le discours d’Hitler à Nuremberg en 1934.

À la déclaration de la guerre en 1939, André Kaminker est interprète à l’ambassade de Grande-Bretagne à Paris. Après la débâcle, il suit celle-ci lorsqu’elle se replie à Bordeaux à l’instar du gouvernement français.

Quelques jours après l’appel du 18 juin du Général de Gaulle à Londres, André Kaminker quitte Bordeaux sur l’un des derniers navires appareillant pour l’Angleterre et rejoint les Forces françaises libres. Il sert comme interprète aux côtés du Général de Gaulle pendant l’expédition anglo-française vers Dakar à l’automne 1940. Déjà homme de radio avant la guerre, Kaminker est affecté au poste émetteur de la France Libre à Accra (Côte-de-l’Or, Gold Coast, aujourd’hui Ghana), puis en Martinique où il dirige la station après le ralliement de l’île à la France libre.

D’abord sous-lieutenant, puis lieutenant, en 1945 Kaminker est détaché par l’armée française pour interpréter à la conférence fondatrice de l’Organisation des Nations Unis  à San Francisco. Toujours sous l’uniforme français, Kaminker est la véritable star de la conférence, et peut-être en raison d’un certain embonpoint, on l’appelle « le Général ».

Devenu fonctionnaire à l’ONU dès 1946, comme nombre des « grands » de la profession à l’époque, Kaminker s’oppose à l’introduction de la simultanée. Il restera à l’ONU jusqu’à l’âge limite de la retraite qu’il atteint en 1949. Il rejoint alors le Conseil de l’Europe à Strasbourg et en devient le chef interprète, appelé affectueusement « Sir Boss » par les interprètes.

André Kaminker était l’un des grands consécutivistes. Il était réputé capable d’interpréter un discours de près d’une heure sans prendre de notes (sauf pour les chiffres) et son art oratoire était légendaire. Lorsque Christopher Thiéry, travaillant en consécutive avec Kaminker au Conseil de l’Europe en 1949-1950, l’interroge sur sa prodigieuse mémoire, Kaminker lui confie son moyen mnémotechnique : à chaque discours il faisait correspondre un quartier d’Anvers dont il se remémorait l’image topographique. Il affectait chacune des idées à une boutique, et en parcourant ensuite en pensée les rues de son enfance, il restituait le discours !

En 1953, André Kaminker fonde l’AIIC avec Constantin Andronikof et Hans Jacob. Il en est le premier président, de 1953 à 1956.

Selon les interprètes ayant travaillé aux côtés, ou sous les ordres, d’André Kaminker, c’était un homme généreux et chaleureux qui avait beaucoup d’humour. D’origine juive, quoiqu’agnostique, un de ses plaisirs consistait à raconter des histoires juives, avec ses amis autour d’une bonne table. Les Assemblées du Conseil de l’Europe à Strasbourg, pour lesquelles Kaminker recrutait tout ce que l’Europe comptait comme bons interprètes à l’époque, étaient l’occasion de repas animés, mais aussi de discussions parmi sur la rédaction des premiers textes de l’AIIC (code d’honneur, nombre d’interprètes par équipe, fixation des tarifs, etc.)

C’était un grand mélomane, et il lui arrivait, avant une séance de nuit, d’emmener l’équipe d’interprètes chez lui pour écouter un air d’opéra ou un lied pour « apaiser l’esprit avant l’effort ». C’était aussi un homme d’une honnêteté intellectuelle rare. Il n’a pas hésité à décrire, dans le Bulletin ronéotypé de l’AIIC, la mésaventure qui lui était arrivée au Comité des paiements de l’OECE, lorsqu’il a raté l’interprétation consécutive d’un exposé financier. C’est ainsi qu’il a insisté pour l’insertion dans le Code d’honneur de l’article 3.1 : 

Les membres de l'Association s'interdisent d'accepter un engagement pour lequel ils ne seraient pas qualifiés. Par leur acceptation, ils apportent la garantie morale de la probité de leur prestation.

André Kaminker était Officier de la Légion d’honneur, titulaire de la Médaille de la Résistance et de la Médaille des Forces françaises libres.


This article originally appeared in Naissance d'une profession les soixante premières années de l’Association Internationale des Interprètes de Conférence (AIIC). Please direct enquiries about purchasing a copy to info@ejt3bdkdxc.aiic.net



Recommended citation format:
Anne-Marie WIDLUND-FANTINI. "André Kaminker : une courte biographie". aiic.ca March 16, 2017. Accessed August 19, 2017. <http://aiic.ca/p/7915>.