Jean Herbert : une courte biographie

Interprète, auteur et orientaliste : Paris, le 27 juin 1897-Genève le 20 août 1980.

Jean Herbert at the 1st UN General Assembly, London 1946

Après ses études secondaires au lycée Chaptal, titulaire d’une bourse pour l’École Normale Supérieure de Paris, Jean Herbert s’apprête à suivre la voie de ses parents, tous deux enseignants. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il se trouve à Édimbourg, où il remplace son père comme professeur du français au George Watson’s Boys Collège pendant un an. De retour à Paris, il renonce à l’École normale pour s’inscrire en droit et  en lettres à la Sorbonne. Il commence aussi l’apprentissage du russe à l’École des Langues Orientales.

Appelé sous les drapeaux en 1915, jeune sous-lieutenant dans l’artillerie, Jean Herbert a la responsabilité de commander au Chemin des Dames la section chargée de combattre « La Grosse Bertha ». Sa conduite au feu lui vaut la Croix de Guerre. En raison de ses connaissances d’anglais, il est ensuite envoyé comme officier de liaison auprès d’une division d’artillerie anglaise, puis américaine.  

En 1920, Herbert se marie une première fois. Avec son épouse écossaise, May Anbuhl, il a deux filles : Janine Yates-Herbert, qui deviendra interprète de conférence et Yvette Renoux-Herbert, qui fera carrière à l’UNESCO et dans l’édition.

Tout au long des années vingt Jean Herbert côtoie Clemenceau, Poincaré, Barthou, Winston Churchill. Lorsqu’Aristide Briand, le ministre des Affaires étrangères, lui propose un poste de diplomate, Herbert décline l’offre, se déclarant incapable de défendre une position à laquelle il ne croit pas.

En dehors du monde de l’interprétation, le nom de Jean Herbert est associé à ceux des grands philosophes de l’Inde moderne, tel Sri Aurobindo, dont il devient le disciple et qui le charge de traduire ses œuvres en français. Sa découverte de l’hindouisme date des années trente, à l’occasion d’un tour du monde qui l’amène une première fois en Inde. Son ami Romain Rolland, lauréat du prix Nobel de littérature en 1915, lui sert d’introduction auprès de Gandhi et d’autres penseurs contemporains. Il rencontre la plupart des grands sages traditionnels et authentiques, tels que Râmakrishna  et Vivekananda.        

Orientaliste de renom, passeur entre l’Orient et l’Occident, Jean Herbert s’intéresse avant tout aux enseignements spirituels hindous qu’il fait connaître en Europe. Il en fait de même pour le shintô japonais, l'ésotérisme musulman, le taoïsme et les diverses écoles bouddhistes grâce à la collection « Spiritualités vivantes » publiée chez Albin Michel.  

Les nombreux ouvrages de Jean Herbert – une cinquantaine - consacrés à ses maîtres spirituels ont véritablement révolutionné l'attitude de l'Occident envers la spiritualité des autres religions.

C’est pendant la Première Guerre mondiale que Jean Herbert a un premier contact avec la profession d’interprète de conférence qui sera la sienne pendant soixante ans. Lors d’une permission à Paris en 1917, il remplace son père, professeur d’anglais, pressenti comme interprète auprès du ministre des Finances et du gouverneur de la banque de France à l’occasion d’une réunion à Londres avec Lloyd George.

La guerre finie, en 1919, Jean Herbert est rappelé à l’armée pour interpréter dans les commissions d’armistice qui préparèrent le traité de Versailles. À l’issue d'une de ces séances, déjà convaincu de l'autorité impartiale de l'interprète, lorsqu’il va serrer la main  de son homologue allemand (était-ce Hans Jacob ou Paul Schmidt ? L’histoire ne le dit pas), il évitera de justesse d'être mis aux arrêts !

En 1919, Jean Herbert publie un French-English-American Glossary of Artillery and Ballistics.

Entre les deux guerres, Jean Herbert travaille comme interprète dans une centaine d’organisations : Société des Nations, Bureau international du travail, conférences diplomatiques, Croix-Rouge, congrès de toutes sortes et à tous les niveaux.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Herbert est recruté par le gouvernement français pour interpréter lors de la conférence fondatrice de l’Organisation des Nations Unies à San Francisco. Il devient le premier chef interprète de l’ONU à New York et forme et organise le premier corps d’interprètes de conférence international. Nommé représentant du personnel, il défendra avec une grande autorité le statut des interprètes et interviendra auprès de l'administration américaine pour protéger le personnel international contre les attaques du sénateur McCarthy, qui avait fait du Secrétariat de l'ONU une cible privilégiée.

L’un des plus brillants consécutivistes de son temps, la précision des interprétations de Jean Herbert permettait aux procès-verbalistes de transcrire les interventions telles quelles, sans correction. Comme nombre de ses pairs à l’époque, il était hostile à l’introduction de la simultanée.

 Au bout de deux ans à New York, Jean Herbert quitte son poste, s'installe à Genève et redevient free-lance.

Auteur du Manuel de l’interprète en 1952, Jean Herbert s’intéresse à la formation des interprètes de conférence. Il réussit à regrouper les écoles d’interprètes universitaires en une conférence permanente et publie une collection de dictionnaires multilingues techniques aux éditions Elsevier. Jean Herbert siège dans des jurys d’admission et d’examen dans plusieurs écoles d’interprètes, notamment à l’ESIT à Paris et à l’école de Trieste.   

Vice-président de l’AIIC de 1959 à 1961, puis président de 1966 à 1969, Jean Herbert fait partie des pionniers de l’interprétation qui ont marqué l’Association à plus d’un titre. Avec sa haute stature, son rire sonore et son contact chaleureux, il émanait de lui un charisme que ceux qui l’ont connu ne sont pas près d’oublier.


This article originally appeared in Naissance d'une profession les soixante premières années de l’Association Internationale des Interprètes de Conférence (AIIC). Please direct enquiries about purchasing a copy to info@jpfcdjtt2.aiic.net.



Recommended citation format:
Anne-Marie WIDLUND-FANTINI. "Jean Herbert : une courte biographie". aiic.net. October 27, 2016. Accessed April 26, 2017. <http://aiic.net/p/7785>.